lundi 23 novembre 2009

Article d'alter1fo sur Pour rire pour passer le temps



Lundi 23 novembre 2009
par Benoit
                                                                                                                          © Caroline Ablain


Pour rire, pour passer le temps… à Mettre en scène



Elles sont quatre, quatre silhouettes alignées devant le fond noir du décor, quatre ombres, quatre hommes encore égaux dans la pénombre. Devant eux, un carré de mirage huileux. Lorsque la lumière dirigée vers les spectateurs, en vase communiquant, s’évade puis envahit le plateau, elle cisèle l’onde à la surface d’un bassin jusqu’alors supposé, projette son oscillation sur le mur : la scène est un plan d’eau, arène liquide où l’on patauge.

Deux des quatre enfoncent leurs pieds dans l’eau ; l’un est la victime, l’autre le complice, les bourreaux restent au sec, ils donnent les instructions, ils donnent l’ordre de frapper ; les coups timides au début s’enchaînent, les « aïe ! » d’abord étonnés deviennent mécaniques, et moi aussi, d’abord surpris par le réalisme des premiers chocs, ensuite je m’habitue.

Les mécanismes de la violence dans le texte de Sylvain Levey sont décortiqués. Il y a d’abord la règle, principe irréfutable, ici : la politesse qui se fout bien de la morale ; « il faut être poli » dit un des tortionnaires, sinon …! C’aurait tout aussi bien pu être la politesse économique : la croissance ad libitum, quelqu’en soit le prix, une idéologie, une croyance, une identité !?… autant de prémisses, sources de dérives.

Quand heurté par sa propre déviance, le complice et exécutant émet des doutes, ceux-ci sont balayés, pas de place pour le questionnement, c’est comme ça. Et comme ça ne suffit pas, les plus forts, ceux, plus nombreux, ceux, au sec, lui rappellent en évoquant sa famille, combien il est esclave de l’attachement, comment chacun, nous oeuvrons par attachement et « désoeuvrons » de même.

J’entends dans ce texte non pas la violence brutale et gratuite que le titre pourrait sous-entendre mais les principes qui conduisent à participer à la violence ordinaire, sournoise, sans trace sur le visage mais qui endolorie, qui génère chaque jour dans les foyers, dans les écoles, dans les entreprises, des tourmenteurs, des martyriseurs, des martyrisés et des spectateurs passifs ; à la fin celui devenu meurtrier ne jette-t-il pas un regard amusé à la salle, témoin de ce jeu macabre ?

Cette pièce est un miroir, la surface d’une eau stagnante qui renvoie le reflet acéré du type humain : décideur, exécutant, victime et quand sur le plateau aucun type ne convient, l’image est celle du spectateur ni mouillé, ni fatigué, ni meurtri, mais complice.